De l’importance du cadre
Dernière mise à jour : 13 juin
Ce qui me frappe dans les ateliers d’écriture que je conçois et anime, c’est combien le désir d’écrire des ateliéristes est puissant et comment il leur est difficile de lui faire une place dans leurs vies, qu’elles soient actives ou retraitées, linéaires ou intranquilles, en construction ou accomplies.
Voilà pourtant des personnes qui, une fois mises en mouvement par les propositions d’écriture dans un temps imparti, produisent des textes résonnants, pertinents, fulgurants, étonnants, scotchants, ancrés dans des imaginaires féconds et foisonnants. Ce qui les empêche d’inscrire l’écriture au sein de leurs vies n’est donc pas une difficulté à écrire.
L’empêchement ne naît pas non plus de freins aussi triviaux que — bien qu’avérés — le manque de temps, la fatigue de boulots en perte de sens, l’inexistence d’un lieu à soi, le déficit (documenté) de l’attention. Non, ce qui empêche le plus souvent d’assouvir le désir d’écrire est la solitude éprouvée dans l’acte d’écrire parce qu’il manque un élément essentiel à cette activité : un cadre rassurant — on va éviter le galvaudé « bienveillant » — posé par l’animateurice et, dans ce cadre, un esprit de camaraderie insufflé par l’ensemble des humains en présence.
Ce mot camaraderie, est un token qui vaut son pesant d’or ; il m’a été soufflé, lors d'un récent atelier, par Arlette, une ateliériste discrète et précieuse, qui manipule une langue choisie d’où surgissent en escadron des mots un peu oubliés et tendrement confits, agréables à mettre en bouche, distillant lentement leur pouvoir évocateur et envoûtant.
Camaraderie, tout tient dans ce mot, car oui écrire ensemble et partager ses textes, change la nature des rapports entre les gens. Ca ne fait pas d’euxelles des potes ni des ami.es. Non. Alors quoi ?
Au-delà du fait qu’un atelier va vous faire écrire, l’intérêt d’y prendre part réside aussi — et ce n’est pas négligeable — dans cette réalité : partager une expérience humaine positive parce que vous vous sentez bien dans le cadre posé, entouré.e de personnes animées par la même quête : libérer leur expression créative, s’éloigner des machines qui nous gouvernent, rencontrer l’humain.
Tout l’enjeu, de mon point de vue d’animatrice, est au fil d’un ou plusieurs ateliers, de la participation régulière à une table d'écriture ou à des résidences de vous faire sortir du cadre pour que vous puissiez un jour poser le vôtre, dans un lieu qui vous ressemble, et écrire en toute autonomie.




