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  • Photo du rédacteur: Régine Vandamme
    Régine Vandamme
  • 1 mai
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 juil.

À côté des nombreux ateliers thématiques que j’ai en stock, il y en a aussi quelques-uns dédiés à une forme littéraire. Parmi ceux-là, j’aime particulièrement réunir des participants et participantes autour de L’écriture mosaïque. Parmi ses propositions d’écriture, l’une prend appui sur l’œuvre de Christian Tarkos caractérisée par son penchant pour l’accumulation. 

Bagages d'une vie


"Le petit sac à langer du nourrisson, le cartable de l’écolière, le sac à dos du camp scout, Juste la brosse à dents de l’enfant qui transite de la maison de son père à l’appartement de sa mère, la valise et le frigo-box rempli de petits plats maternels de l’étudiant qui prend un train chaque dimanche pour rejoindre son kot un peu plus loin, la musette du jobiste d’été, les petites caisses à bananes du premier déménagement, du second et du troisième, les malles coloniales qui s’envolent enfin loin très loin (reviendront-elles ?), le baluchon du week-end en amoureux, le bardas vite plié de la première rupture, le petit trolley que tire la jeune mère qui va accoucher, l’attaché-case du  conférencier, le colis renvoyé par la poste à celui qui est parti ou arrivé sans bagages, les caisses scotchées de souvenirs qui font mal et que l’on glisse discrètement dans la cave, le grenier ou le garage du vieux copain, le coffret de correspondances nouées de rubans multicolores, les albums de toutes mes tribus rangés dans une vieille cantine en fer cabossée revenue d’on ne sait où et que l’on trimballe de villes en villes ou plutôt de vies en vies.


Le sac Ikéa bleu rempli à la hâte après une dispute qui tourne mal, le baise-en-ville de l’amant perdu, le bric-à-brac qui traîne au fond de la vieille sacoche de médecin en cuir fatigué de mon grand-père, la gibecière qui déborde de cartouches pas encore tirées, la capharnaüm du coffre de la voiture, les fontes noires du petit vélo rouge au fond de la cour,  l’aumônière à la ceinture d’une robe en soie sauvage griffée Christian Lacroix pour monter les marches du tapis rouge du Palais des Festivals de Cannes.


L’énorme pochette à bijoux ethniques qui l’accompagne partout, toujours et puis un jour peut être, sûrement d’ailleurs, la longue caisse en sapin ou en carton et l’urne funéraire dont les cendres seront dispersées entre l’Europe et l’Afrique juste à l’endroit des courant chauds qui séparent le Nord du Sud de la mer Méditerranée."


Rania Abboud

(Ateliers de la rue Voot, Novembre 2022)

 
 

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