- Régine Vandamme
- 2 avr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 juil.
"La boutique à souvenirs" est un atelier thématique déclinable en plusieurs séances de 3 à 4 heures ou plusieurs jours. Il rencontre toujours beaucoup d’intérêt après des ateliéristes. L’une des propositions d’écriture consiste à convoquer le souvenir d’un événement de portée nationale ou internationale et à le faire entrer en résonance avec ce à quoi les les ateliéristes étaient occupés au moment où cet événement s’est produit.
L'incendie de l'Innovation
"Quelqu’un a frappé à la porte de la cuisine. Maman n’est pas là, elle lessive dans la remise. Elle ne sera pas contente, tant pis, je vais ouvrir. C’est Janine la voisine. D’habitude si joyeuse avec sa robe à coquelicots gonflant sur un jupon, ses petits escarpins à bouts pointus et son rouge à lèvres, aujourd’hui elle est pâle, à peine coiffée ; les rubans de son tablier pendent sur sa jupe du lundi.
« Ta maman n’est pas là ? », elle me presse, je vais la chercher.
« C’est le drame, un incendie ravage l’Innovation. Venez voir la télé chez nous ».
Pas le temps de se changer, nous accourons. Elle installe des chaises devant le petit écran. Même si la TV est en noir et blanc, je vois des flammes rouges, les gyrophares des ambulances VW, la croix rouge du 900, je sens la fumée épaisse, les klaxons des voitures de pompiers résonnent partout ! Une dame a sauté par la fenêtre.
Stupeur ! Mon magasin préféré part en fumée. Je prends la main de maman, arrimée à elle comme dans l’escalator qui mène au rayon de la petite robe à fleurs jaunes. Ou dans cet autre qui conduit au grille-pain, qu’elle voulait acheter, tout rond, celui du catalogue. Ou encore, toujours main dans la main, dans l’escalator de midi, direction le restaurant : mes croquettes aux crevettes saupoudrées de persil frit…
La verrière si belle si fleurie s’est effondrée. Je pose ma tête sur son bras : « Dis, maman, l’année prochaine, irons-nous encore en train à Bruxelles ? »
Bruxelles, la mode, les jouets extraordinaires, le papier à recouvrir les cahiers « dernier cri », les décorations lumineuses, les cadeaux, le petit manteau à martingale, les vêtements de Janine, la voisine…
Le journaliste vient de l’annoncer, toute une façade s’est effondrée. Il est tard mais je suis toujours là, clouée à ma chaise, mes pieds ne touchent pas le sol. A 11 ans, mon monde s’effondre !"
Béatrice Renard
(Atelier « La boutique à souvenirs », centre culturel Arrêt 59, Péruwelz, 2023)
